Le 15 mai 1937, la Fédération suisse des ouvriers sur métaux et horlogers (FOMH) et 19 associations patronales horlogères signent une première convention «ayant pour but la réglementation des questions de travail dans l’industrie horlogère». La signature de ce document marque l’aboutissement d’un processus de négociations mené dès 1936 sans répit par le syndicaliste René Robert.
Crise économique des années 1930
Dès le début des années 1930, la branche horlogère est durement touchée par la crise économique. Les exportations ne cessent de baisser. Elles passent de 24 millions de pièces en 1929 à 6 millions en 1932. Les ouvriers de nombreuses entreprises sont engagés dans la construction d’ouvrages d’intérêts généraux (notamment des routes). Les salaires sont au plus bas.
Dès 1936 – embellie économique
Dès 1936, les premiers signes d’une reprise économique se font sentir. Les exportations bénéficient de la dévaluation du franc et dépassent la barre des 12 millions de pièces. René Robert pressent non seulement que le contexte économique est favorable pour négocier avec le patronat, mais surtout que l’embellie risque d’être de courte durée.
Le syndicaliste René Robert souhaite bénéficier de la présence, à la table des discussions, du Conseiller fédéral en charge de l’Economie publique Hermann Obrecht. Ce dernier refuse de convoquer les partenaires sociaux. Il assure qu’il ne participera aux séances que s’il est invité conjointement par les deux parties.
Période de négociations
Jusqu’en mars 1937, la situation reste bloquée. Le Conseiller fédéral ne veut pas intervenir. Le patronat refuse de négocier. René Robert continue à préparer le terrain des discussions. Lors du congrès de la FOMH (3 et 4 octobre 1936), le syndicat fixe ses objectifs en définissant les points à négocier: réglementation relative aux salaires, au travail à domicile ainsi qu’à celui des femmes. L‘introduction de congés payés et de la semaine de 40 heures sont également évoqués.
Au début de l’année 1937, les entreprises commencent à recruter du personnel pour faire face à l’augmentation de leurs carnets de commande. De fait, le taux de chômage diminue. Cette accalmie conjoncturelle va permettre au syndicat de durcir sa position, notamment sur la question des salaires.
Mars 1937 – grève dans une fabrique de cadrans
L'Impartial, 19 mai 1937 |
En mars 1937, une grève éclate dans une fabrique biennoise de cadrans métal. Selon le rapport annuel de la FOMH, «ce conflit qui n’intéressait tout d’abord qu’une septantaine d’ouvrières décalqueuses, en grande majorité non syndiquées, s’étendit à un autre atelier de la même fabrique, puis, l’employeur ayant lock-outé tout son personnel, à la fabrique entière».
Conscient de la menace économique que représente cette grève, la Chambre suisse de l’horlogerie se met à la table des négociations qui débutent le 15 avril 1937. Toutefois, les mesures évoquées par le patronat sont jugées inacceptables par les syndicats. C’est à nouveau l’impasse entre partenaires sociaux.
A la fin du mois d’avril, le conflit s’étend à plusieurs fabriques de cadrans de Bienne et de La Chaux-de-Fonds. Il concerne 700 grévistes. Cette situation est d’autant plus délicate qu’elle risque de paralyser l’ensemble de la branche horlogère. Il est en effet difficile de livrer des montres terminées sans cadran!
Intervention du Conseiller fédéral Hermann Obrecht
En raison de la gravité de la situation pour un secteur d’activité important dans la balance des exportations helvétiques, le Conseiller fédéral Obrecht décide d’intervenir. Le 30 avril 1937, il nomme une commission intercantonale de conciliation destinée à aplanir le conflit. Les propositions formulées par cette dernière sont acceptées par le patronat. Elles sont par contre refusées par le syndicat.
Devant cette nouvelle impasse, le Conseiller fédéral Obrecht propose une procédure d’arbitrage. Cette proposition est vivement critiquée par René Robert, qui n’a cessé depuis 1936 de demander l’intervention du Conseiller fédéral comme conciliateur. Il rejette «un arbitrage imposé par l’autorité fédérale, dont l’intervention sous cette forme, en l’état actuel des choses, apparaîtrait comme une aide inadmissible apportée au patronat contre les ouvriers».
Le 11 mai 1937, le représentant patronal Albert Rais demande à Hermann Obrecht de réunir les parties. Il souhaite éviter que «la grève se généralise sans aucun profit pour personne».
15 mai 1937 – signature de la paix sociale
Le 14 mai 1937, le Conseiller fédéral Obrecht soumet aux représentants patronaux et syndicaux un projet de convention, préparé et rédigé par le Département fédéral de l’économie publique. Le document est signé par les deux parties le 15 mai 1937. La grève dans les fabriques de cadran prend fin le 28 mai 1937.
Selon son article 3, la première convention «entre en vigueur dès sa signature par les parties contractantes et demeure valable jusqu’au 31 décembre 1937». Depuis cette date, elle n’a cessé d’être renouvelée. Si son contenu s’est étoffé au fil des négociations, en revanche, ses principes fondamentaux n’ont jamais été remis en cause et perdurent encore aujourd’hui.
Le 19 juillet 1937, les partenaires sociaux de l’industrie des machines et des métaux signent une convention similaire.






